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100e anniversaire de Marc Dubourg

100e anniversaire de Marc Dubourg

Marc Dubourg est né le 1er mai 1922... Il a 100 ans aujourd'hui et nous célébrons l'anniversaire d'un des fondateurs de l'association " Siriona", toujours abonné à notre revue et adhérent à notre association.

Bon anniversaire Marc

Nos lecteurs le connaisse bien puisque Marc nous a confié ses archives personnelles et qu'il est ainsi devenu un de nos plus emblématiques "passeur de mémoire" (voir cette rubrique sur ce blog). Nous l'avons enregistré chez lui en 2019 et nous proposons ci-dessous l'intégralité des souvenirs qu'il nous a confiés. 

 

Mes jeunes années

Je me suis marié à Saint-Germain de Graves. Mes beaux-parents, d’origine italienne, travaillaient au château Génisson à Saint-Germain. Ils y sont restés plus de 30 ans. Il y a eu trois fils qui se sont marié l’un à Landiras, l’autre à Archambeau et le troisième est un aïeul de Denis Dubourdieu.

Mes parents faisaient un peu de vigne mais aussi du blé, des pommes de terre, des betteraves… un peu de tout. Ils avaient trois vaches. C’était la façon de travailler autrefois. Ça a commencé comme cela. Et puis il y a eu disparition des petits viticulteurs. Quand j’étais petit, les moyens achetaient aux petits.

Donc j’ai appris le métier de viticulteur avec mes parents. Un jour l’instituteur est venu demander à mes parents de m’envoyer à l’école supérieure de Cadillac. « Non, non, j’en ai besoin, je vais lui apprendre le métier » lui répondit mon père. Quand j’ai eu 14 ans, j’ai alors fréquenté l’école d’hiver de la Tour blanche. Elle était une annexe de l’école de Blanquefort et le jeudi et le dimanche, les professeurs venaient enseigner à Bommes. Je ne sais pas qui les payaient mais les cours étaient gratuits. Ce système a duré jusqu’à la guerre. Après-guerre cela a changé. Le directeur de Blanquefort était Mr Lafond. Il y avait l’abbé Dubaquier. C’est comme cela que j’ai suivi les traditions de la famille. On vendait le vin en vrac au négoce.

Autrefois les gens vivaient sur trois mains. Ils avaient la vigne, les céréales et la forêt. Sur les trois il y en avait toujours une qui allait bien. C’est pour cela que la polyculture était de mode puisqu’il y avait toujours quelque chose pour se raccrocher quelque part. Ce n’est qu’après les journées de Donzac quand l’agriculture a pris son essor. J’ai fait partie du groupe  de Cadillac où les conseillers agricoles étaient là pour donner les coups d’aiguillons. On ne pouvait pas se moderniser, avoir du matériel sophistiqué et vivre comme avant. C’est pour cela que la monoculture est arrivée, la vigne devenant le plus important et le reste accessoire. J’ai bien connu Joseph David et Jacques était de mon âge, il avait comme moi été déporté du travail.  

 

Autrefois pour vivre il fallait un minimum de 4 ou 5 ha de vignes, car on ne faisait pas que de la vigne. Actuellement il en faut au minimum 20. On faisait des vins liquoreux surtout mais aussi du rouge. On plantait deux rangs de vigne côte à côte puis on laissait un espace de trois mètres avant de replanter deux rangs. Dans cet espace on plantait des céréales, du seigle de l’avoine, ce qui explique la présence des moulins à vent sur cerdanes hauteurs. C’est ce que l’on appelait les « joualles ». Je les ai travaillées.

A l’époque le grand ’oncle de mon père avait vendu à Bordeaux deux vins différents, vendus logés en fûts. Pour transporter le vin on avait des charrettes à bœufs.  Les  charrettes on ne les comptait pas au mètre mais à la grandeur des  barriques ; ainsi on parlait d’une charrette à cinq barriques quand on pouvait en mettre cinq en soles. C’est ainsi que le vin partait chez les négociants.

Aux Plantes en 1954, avec le cheval (Marc Dubourg au centre)

J’ai commencé à travailler avec le cheval.  On avait à l’époque une paire de bœufs, un cheval et quatre ou cinq vaches. Les gros labours on les faisait avec les bœufs. On avait alors deux façons de les atteler. Pour les charrois, on utilisait un joug large et pour les gros travaux, un joug étroit ce qui nous obligeait à couper une corne pour que les bœufs ne se blessent pas. Le cheval était utilisé pour les travaux plus simples comme passer la houe ou tirer la faucheuse dans les prairies. J’avais 14 ans quand on a changé le système de faucheuse.

Mon père a construit une cabane (aujourd’hui elle est  encore à l’entrée de Landiras) en 1928. On faisait aller et retour pour la journée. On rentrait manger à midi et on laissait le bétail à la vigne, dans la cabane où on leur donnait à manger. Il était prêt pour recommencer l’après-midi. On travaillait alors à notre allure. On ne se précipitait pas. On faisait une chose après l’autre, tranquillement. Si quelqu’un passait on s’arrêtait pour causer un peu. Au début c’étaient les bœufs, ensuite ce fut le cheval, enfin est venu le tracteur, mais n’en parlons pas…

Un beau jour est arrivé l’histoire de la mécanisation. Les bœufs ont les utilisait moins. On a commencé à en vendre un. Quand on fauchait les prairies, on empruntait un bœuf ou une vache à un voisin. Puis un jour on est allé avec mon père acheter un moteur amovible pour mettre sur la faucheuse. Le moteur faisait marcher la faucheuse et le cheval n’ait plus qu’à tirer. Ensuite en 1962, on a sauté le pas en achetant un tracteur. Cela nous a permis de ne conserver qu’un cheval d’entretien.  Le tracteur faisait le plus gros. Puis notre cheval est mort quelques années après. On l’avait acheté à un marchand de chevaux, Mr Miramont  à Verdelais. Il était à la fois maréchal ferrant et marchand de chevaux. C’était le dernier cheval que l’on a acheté. C’était la fin d’un passé dont on essaye de se souvenir.

Mon père me disait ; « Tu vas faire 100 tours dans la matinée ». Il s’agissait de labourer un pré d’une longueur d’environ 100 mètres au pas des bœufs, c’est-à-dire à peu près à trois à l’heure. On n’avait pas le temps de s’amuser. On y passait beaucoup de temps car les déplacements étaient longs. Pour aller travailler à la vigne, mon père avait fait construire une cabane (elle est toujours en place à l’entrée de Landiras en venant d’Illats !) afin de laisser les bœufs se reposer à la pause de midi et boire et manger avant de rentrer le soir. 

En dehors de la saison des foins où il fallait travailler avec le soleil, on ne peut pas dire que l’on s’épuisait à travailler mais c’était monotone.

Avec un de mes amis qui est mort jeune nous allions suivre des cours d’arboriculture à Bordeaux, après l’hôpital, à la barrière du Médoc... On y allait en bicyclette avec des pneus pleins. Quand il s’est marié il a voulu changer sa façon de travailler. Il est venu me trouver : « Si tu veux, on va acheter du matériel en commun ». On a alors acheté une disqueuse, un pulvérisateur, une machine à ramasser le foin… Comme on ne faisait pas tout le même jour, pendant une quinzaine d’années on a ainsi fonctionné en commun. Puis lorsque l’on a eu plus de facilités on est revenu à l’acquisition individuelle de nos outils. Certains comme le maire de Virelade ont fonctionné en CUMA. Nous on ne l’a jamais fait. En dernier pour la ramasseuse de foin, nous étions quand même sept, je crois. Comme on passait tous le même jour, on faisait le circuit de toutes les parcelles, les uns chez les autres.

 

           Ce sont les guerres qui nous ont fait changer le plus. Pendant longtemps on travaillait de manière traditionnelle, comme depuis longtemps ; ça allait bien… ça allait moins bien… Les gens prenaient des précautions.

J’ai dû interrompre mes études supérieures en 1943. J’avais fait une demande de sursis au motif de rester sur l’exploitation. Ça n’a pas marché. Je suis parti deux ans en Allemagne comme manœuvre dans un atelier de réparation des chemins de fer. J’ai été blessé en 1944, lors d’une attaque aérienne en dégageant les voies alors que tout le monde était parti aux abris. C’est à cause de cela… J’ai dit que je ne savais pas conduire mais il m’a été répondu que je travaillais comme mécanicien depuis six mois, alors… Il est vrai qu’une machine à vapeur, c’est simple à conduire, il y a une marche avant et une marche arrière. Je savais comment augmenter ou baisser la vapeur.

A partir de 1945 on a créé des groupements pour faire évoluer la façon de travailler. Il y a eu des séances de vulgarisation à Cadillac, avec Pierre Médeville qui était lui aussi de mon âge. La majeure partie des paysans de l’époque n’avait aucune instruction, ils savaient juste lire, écrire, compter… Donc on a contacté des personnes comme Jacques De Buddler,  Dualé, Lepers  (c’est Dubourdieu qui a repris la propriété).

Après-guerre Jean Perromat c’est intéressé à la méthode Lenz Moser. André Lurton a démarré le Syndicat des Jeunes Agriculteurs en 1949. Ils sont allés en Autriche voir le vignoble de vignes larges et hautes. A Sauternes on prétend que plus le raisin est près de la terre, plus le vin est de qualité.  Or, plus les vignes sont hautes, plus on peut les travailler facilement. Ensuite on est revenu aux vignes classiques.

Il y avait aussi des cultures secondaires, asperges à Pujols, petits pois à Cérons (mes parents en ont mis eux aussi en conserves).

Pour les vins blancs les cépages n’ont pas changé. Pour les rouges il y avait merlot, petit verdot, enrageat. A la sortie du phylloxera on a adapté les cépages aux porte-greffes résistants : on greffait sur place puis Pueyo, pépiniériste à Saint-Germain de Graves en a fait son affaire. Il y avait des équipes de greffeurs.

Jusqu’à la guerre de 39 la commercialisation du vin était tributaire du commerce. Il y avait des courtiers et des négociants. Il n’y avait que les châteaux, les grands domaines qui vendaient leur vin en bouteilles. L’intervention des conseillers agricoles a permis à tout le monde de faire la même chose. On a commencé en 47-48 à mettre le meilleur en bouteilles. Cela nous permettait de rembourser les crédits. Le moins bon était envoyé au commerce. Le syndicat des Graves est le seul qui n’a pas de coopérative.

 

J’allais à l’école de La tour blanche le jeudi et le dimanche. Les professeurs venaient de Blanquefort.

En 1956, la vigne a gelé parce que nous n’étions pas dégourdis. Le mois de janvier avait été bon et la sève avait commencé de monter. Les pieds se sont gelés parce qu’il y avait déjà de la sève. C’est la neige qui est restée pendant dix jours qui a causé le plus de dégâts.  Ceux qui ont eu la présence d’esprit de l’enlever ont pu sauver la vigne. Nous, nous avons été obligés d’arracher.

En 1968

On a acheté un tracteur en 62, un Renault. C’est à ce moment-là que l’on a acheté notre matériel en commun. Tout va de pair. Comme on achetait toujours un peu plus e terres ailleurs, il fallait s’adapter à la situation.

Au début nous faisions nous même nos mises en bouteilles. On travaillait le soir… c’était un peu la galère. Et puis le propriétaire du château D’Arricaud est venu nous faire la mise en bouteilles. Comme il était ingénieur œnologue, il  faisait les analyses en même temps. C’est un enchainement. Pour la vente en bouteilles on faisait de la vente directe grâce à nos premiers clients qui servaient de relais et formaient ainsi notre réseau de distribution.  Le vrac était vendu au négoce. On mettait le meilleur vin en bouteilles. C’est la vente directe qui valorisait nos vins.

Ici il avait autrefois quelques 90 vignerons, aujourd’hui ils sont quelques-uns mais les superficies sont à peu près restées les mêmes.  Voilà le grand changement.

Après la guerre de 1939-1940 avec les regroupements inter cantonaux, on s’est rendu compte qu’en vendant une partie de la récolte en bouteilles aux particuliers on pouvait s’en sortir.

Cela a duré jusqu’en 1984. Quand on a décidé d’abandonner – les filles qui avaient réussi des examens ont disparu de la circulation – un de mes amis avait un gendre à Monprimblanc qui avait un problème de vin.  Il produisait du rouge et du sauternes. « Vous n’avez que cela » lui disait-on sur les marchés. Il cherchait à produire des graves rouges et secs. Comme son beau-père était un ami intime et que l’on avait l’âge de prendre notre retraite, on s’est laissé tenter.

Ainsi on est rentré dans le mouvement de vente des moyens au gros après la période de la vente des petits au gros. A Landiras, d’une petite centaine de viticulteurs entre les deux guerres, on est arrivé aujourd’hui à une quinzaine alors que la superficie des vignes n’a pas changé, elle est à peu près toujours la même.

100e anniversaire de Marc Dubourg

Enregistrements de Marc Dubourg effectué à Landiras pour Siriona en 2019 par JC Hinnewinkel

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H
Joyeux anniversaire à notre centenaire et félicitations pour ce bel âge tout rond 😊
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