En bordure de la Garonne, le pays de Cadillac occupe la ligne de coteaux argilo-calcaires qui marque la retombée du plateau de l’Entre-deux-Mers sur la vallée et, au-delà, les vastes espaces landais. Les conditions microclimatiques y sont assez comparables à celles de la rive gauche sauternaise avec, notamment, les fameux brouillards d’automne aux effets bienfaisants sur la pourriture noble. La présence humaine y est ancienne et pérenne. Elle se manifeste par l’essor urbain de Cadillac, alors que dans le Sauternais aucun centre urbain d’importance n’émerge au-delà de Langon, en direction de Bordeaux. Au total, les conditions y apparaissent plus favorables qu’en Sauternais pour un développement précoce de la vigne .
Une identité viticole précoce
Le vignoble de Cadillac a des racines profondes remontant au Moyen Âge. Les coteaux de la rive droite de la Garonne sont parmi les terroirs viticoles les plus anciens du Bordelais. La vigne y est cultivée depuis des siècles, souvent en polyculture avec d'autres cultures agricoles.
L’affirmation d’une identité viticole à l’époque moderne
Au XVIIe siècle, le vignoble de Cadillac commence à se spécialiser dans la production de vins liquoreux, notamment grâce aux vendanges tardives. Leur naissance est attestée dès le 18e siècle par l’abbé Bellet, chanoine de la collégiale Saint-Blaise à Cadillac dans ces « Observations sur le pays de Cadillac de 1717 à 1738 ».
Un pôle viticole actif à l’aube du XXe siècle
Le vignoble de Cadillac est gravement touché par le phylloxéra à la fin du XIXe siècle. Le dynamisme des vignerons locaux et la création du premier syndicat viticole girondin en 1884 permettent de reconstituer le vignoble grâce à des innovations telles que la « greffe de Cadillac », l’incision annulaire ou encore la « taille de Cadillac » toujours employée en pruniculture.
La mise en place des Appellations d'Origine Contrôlée (AOC)
Le vignoble reconstituer et modernisé, la région de Cadillac voit, a début du 20e siècle la création de plusieurs syndicats viticoles locaux pour défendre les intérêts des producteurs. En 1935-1936, les décrets-lois mettent en place le système des AOC, consacrant les dénominations historiques de vins blancs liquoreux comme Loupiac et Sainte-Croix-du-Mont mais également une appellation régionale de vins blancs et de vins rouges couvrant la majeure partie des coteaux de rive droite de la Garonne, de Bordeaux à Saint-Maixant.
A la fin des Années Folles, le vignoble du pays cadillacais, donne ainsi une remarquable image de la résilience d’une société paysanne et viticole qui a su, grâce notamment au Comice agricole et viticole du canton de Cadillac, surmonter les crises de la 2e moitié du 19e siècle et de la 1ère moitié du 20e siècle.
Gageons qu’il en sera de même dans cette 1ère moitié du 21e siècle…
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"La greffe d’Août. École professionnelle d’agriculture de Cadillac"(cliché Vergeron)
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Effet de l’incision annulaire contre la coulure sur un pied de Malbec (cliché Vergeron)
popularisée par M. Ballan, d’Omet, et désignée depuis sous le nom de greffe de Cadillac, est aujourd’hui connue de tout le monde viticole »
Un bilan plus complet fut dressé en 1893 par R. Dezeiméris :
« Lorsque quelques-uns d’entre vous entreprirent il y a dix ans de constituer le
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Leçon de greffage. École professionnelle d’agriculture de Cadillac (cliché Vergeron)
Le groupe de négociants dans le Cadillacais des Années folles
Ainsi, au lendemain de la grande crise phylloxérique, le pays cadillacais est doté d’une infrastructure assez exceptionnelle en Gironde , une école professionnelle spécialisée, une station de pathologie végétale et d’avertissement agricole, un groupe de négociants substantiel et un encadrement des viticulteurs particulièrement structurant, tant dans le domaine de la recherche et de l’enseignement que dans celui de l’approvisionnement en produits agricoles de plus en plus indispensables à la conduite des vignobles. L’action collective animée par des acteurs de premier plan paraît alors être décisive dans un monde viticole pourtant réputé individualiste.
Toutefois, cette dynamique avait ses limites et la tentative de création d’une coopérative fut vouée à l’échec, alors que le mouvement coopératif gagnait de nombreux vignobles français : la Gironde restait à l’écart en ce début de XXe siècle.
« M. Bord aurait voulu aller plus loin. Il a préconisé, depuis plusieurs années, dans sa commune de Loupiac, pays de vins blancs très estimés, l’organisation d’une cave coopérative sur le modèle des Winzervereine…
Malheureusement, M. Bord ne put réussir à convaincre assez d’intéressés et dut momentanément renoncer à son projet. Il semble pourtant ne l’avoir pas abandonné, car il a fondé depuis à Loupiac un petit Syndicat qui paraît devoir être l’école préparatoire de la cave coopérative future. »31
La création de ce « petit syndicat » est l’une des premières manifestations de l’organisation des viticulteurs pour défendre leur marque collective, principalement contre le négoce. Ce mouvement va prendre de l’ampleur à la veille de la première guerre mondiale. Il est à l’origine des décrets-lois de 1935-1936 qui mirent en place le système des appellations d’origine contrôlée en France, sous l’autorité de Joseph Capus.