Avec Voyage dans le temps, ( voir https://siriona-rives-de-garonne.over-blog.com/2026/06/ete-2026-voyage-dans-le-temps-avec-l-amicale-donzacaise.html), Donzart 2026, vous propose de percevoir les transformations de la société paysanne locale sur deux siècles aux cours des 19e et 20e siècles, ci-dessous, la situation au début du 19e siècle.
Sur la carte de l’utilisation du sol réalisée à partir du premier napoléonien de 1818, la mise en valeur agricole traduit bien l’opposition entre l’agro-terroir nord et l’agro-terroir sud.
- un versant exposé au sud pentu et viticole
Bien orienté, en pente forte, il est constitué au sommet de sols bruns, lessivés, caillouteux, sur une épaisse couche de graves ; vers le bas des sols bruns calcaires sur molasse sont encore en pente forte et donc encore bien égouttés avec toutefois des risques non négligeables de glissement alors qu’au pied du coteau, des sols de colluvions plus argileux passent à des sols alluviaux très peu développés. Trop accidentés pour permettre une culture céréalière aisée, assez maigres le plus souvent, ces terroirs de versant sud, bien exposés et donc permettant une bonne maturation des raisins, sont largement colonisés dans toute la partie ouest par des vignes en plein. Les secteurs où, comme au Sud de Lavialle, la pente s’accentue par suite de l’existence de petits vallons transversaux, restent le domaine de la forêt. A l’aval du versant, les sols plus argileux et moins pentus sont à nouveau le domaine de prédilection des labours.
- les aspects variés du versant exposé au nord
Celui-ci est principalement constitué de sols bruns lessivés à pseudogleys sur pentes molassiques. Aux abords du plateau, les pentes restent souvent assez fortes en raison de la proximité de la couche de graves qui affleure par endroit. Les pourcentages diminuent ensuite assez rapidement par suite d’un feutrage de l’ensemble sous une couche qui s’épaissit vers l’aval où les pentes sont souvent inférieures à 15 %. A proximité de l’axe central, malgré une instabilité certaine, et il a fallu souvent aménager des banquettes pour pouvoir étendre les cultures céréalières. bois, pour une bonne part sans doute à cause de l’éloignement des centres d’exploitation.
Ces terres sont totalement mises en valeur avec toute la panoplie des spéculations, en fonction des appropriations, chaque exploitant utilisant dans ce cas son patrimoine au mieux des besoins. Par contre le versant nord des Mottes est colonisé entièrement par les bois, pour une bonne part sans doute à cause de l’éloignement des centres d’exploitation.
Le long de ces versants, une série assez continue de sources a donné naissance à des phénomènes de ruissellement concentré générateurs de vallons transversaux plus ou moins bien marqués dans la topographie et tapissées de limons alluviaux. Ils sont entièrement consacrés aux herbages, alors indispensables et bien rares dans la commune.
Quant aux vallons des deux cours d’eau qui limitent le territoire communal au nord et au sud, ils sont, compte tenu de leur encaissement, à peu près entièrement colonisés par les bois.
Dans ce contexte, logiques naturelles et logiques sociales se conjuguent alors pour expliquer la place de la vigne.
- Un type de terroir agro-viticole bien localisé au début du 19e siècle.
Sur les versants exposés au sud, les sols bruns calcaires, bien drainés et s’échauffant rapidement par suite d’une bonne pierrosité, favorisent une bonne maturation permettant les récoltes dans de bonnes conditions avant les premières pluies d’arrière-saison. Comme les pentes sont trop fortes pour les cultures céréalières, la vigne est en dehors des bois la seule spéculation possible.
Les vignes sont par contre assez rares sur le versant nord où elles se rencontrent surtout sous forme de joualles ; c’est pour nombre d’agriculteurs le moyen de produire le vin nécessaire à la consommation familiale et à celle des ouvriers agricoles ; les bonnes années les surplus sont commercialisés. Les vignes en plein qui s’y trouvent s’expliquent par des raisons essentiellement patrimoniales : à Dufau, les 2,8 ha de vignes sont l’élément central d’une propriété "urbaine" dont les terres sont toutes implantées sur ce versant ; plus à l’est, au nord de Barbot, il s’agit de parcelles de taille réduite en pente forte relevant de propriétés constituées essentiellement de terres de plateau. La vigne apparaît donc surtout comme le moyen de valoriser des terres qui seraient autrement vouées aux bois.
- La localisation des bois
Elle répond tout autant à la logique naturelle puisque les bois colonisent surtout les pentes fortes, plus particulièrement les pentes exposées au nord ainsi que les fonds humides. Mais les logiques sociales sont loin d’être absentes puisqu’ils se rencontrent aussi surtout à la périphérie des finages, à l’écart des "villages". Toutefois, quelques bosquets se maintiennent à proximité de l’axe central pour des raisons patrimoniales.
Cela nous incite à observer que, dans le détail, l’utilisation des terres dépend fort logiquement de l’appartenance des parcelles aux différents types de terroirs mais aussi de la situation de leur propriétaire, selon que celui-ci est agriculteur-résident, habitant d’une commune voisine ou plus simplement héritier-expatrié conservant un bien patrimonial. Elle dépend aussi de cette organisation du milieu naturel en bandes grossièrement longitudinales traduite par un éclatement du finage assez bien marqué.
A suivre...